"Thala - fameuse depuis que Salluste la cita dans La Guerre de Jugurtha, et aussi depuis qu'en 1943 les soldats français y arrêtèrent une offensive nazie - n'est qu'un gros marché rural parfumé au suint de mouton. Les Arabes y ont construit leur médina en "digérant" sans les broyer les traces antérieures, telle cette basilique chrétienne presque bimillénaire, située en contrebas même du trottoir de la rue principale, sur lequel on savoure son thé avec vue imprenable sur l'Antiquité.
Sucré et menthé, le cheï de Thala est assez revigorant pour permettre d'attaquer le sentier menant, en 2 h 30 de marche, sur la Table de Jugurtha, le plus spectaculaire relief tabulaire du Maghreb. Là-haut, outre la vue cavalière sur l'Est algérien et l'Ouest tunisien, on discerne sur son piton la formidable forteresse du Kef. Cet actuel chef-lieu de gouvernorat tunisien fut, sous le paganisme, voué à Astarté, déesse phénicienne à laquelle nous devons le mot star et qui, à l'époque de sa splendeur, présidait à la "prostitution sacrée des matrones". Le christianisme puis l'islam mirent bon ordre à ce libertinage, et Le Kef put se distinguer dans l'histoire mahométane de l'Afrique septentrionale comme foyer militaire et bastion religieux. Remparts et coupoles s'y concurrencent joliment. Le laïcisant Bourguiba fit installer le Musée des arts populaires au siège, datant des années 1780, de la confrérie musulmane Rahmanya. On en murmure encore parfois." Le journal Le Monde du 8/05/2002 |